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dimanche 25 novembre 2018

La librairie papeterie de Saint Tropez

Aquarelle © Brigitte Lannaud Levy


Comment se résoudre à ce que la seule et unique librairie de Saint-Tropez puisse définitivement mettre la clé sous la porte ? L’argent qui coule à flots dans cet ancien petit village de pêcheurs de la Côte d’Azur semble n’y pouvoir rien changer voire même peut-être que ceci explique cela. Les Pinçon-Charlot pourraient nous en dire plus, mais passons.  Quand nous poussons la porte de la charmante Librairie de Saint-Tropez, Marie Coll nous accueille le cœur chaud, mais aussi très serré. Quatre ans à peine après l’ouverture de son enseigne, les difficultés financières s’accumulant et l’opération de levée de fonds sur internet ayant été infructueuse, son associée de départ  Élodie Mazui a dû quitter l’aventure. Aujourd’hui c’est une fermeture  définitive qui semble se profiler à l’horizon. Et pourtant l’histoire avait bien commencé. Lectrice aussi compulsive que passionnée, c’est quand la librairie qui était sur le port a mis la clé sous la porte, que Marie Coll se lance. Elle trouve dans l’une des rares rues commerçantes à l’année du centre, un joli local sur deux étages et obtient de la Mairie de l’appeler « La librairie de Saint-Tropez » étant bien la seule et unique librairie de la ville.  Très dynamiques, avec sa partenaire,  elles organisent des « Apéro’Strophes », rencontres littéraires autour d’un verre en partenariat avec Le Café de la place des lices. Bannissant l’esprit de sérieux, ces rencontres se veulent avant tout conviviales et surtout pas intellos. Mais voilà, si les pouvoirs publics et les Tropéziens ne se mobilisent pas, il faudra mettre un triste point final à cette jolie histoire et oublier qu’il fut un temps où Saint-Tropez était un réel creuset culturel et artistique y accueillant entre autres artistes: Sagan, Greco, Picasso, Eluard… Sans librairie, ce ne sera plus tout à fait pareil. Rencontre avec Marie Coll, une libraire désemparée, mais toujours aussi  combative et passionnée.

Quel roman avec-vous envie de nous faire découvrir  en cette rentrée ?
« Quatre vingt dix secondes » de Daniel Picouly (Albin Michel). Ces 90 secondes sont le temps qu’il a fallu en 1902 au plus grand volcan de la Martinique pour carboniser 29333 âmes. Son récit est flamboyant, toutes ces tribulations humaines autour d’une catastrophe naturelle sont passionnantes. Picouly y révèle un fort attachement  à sa terre. L’idée de donner la parole au volcan m’a touchée.

Et du côté de la littérature étrangère ?
« L’homme coquillage » de Asli Erdogan (Actes Sud). C’est le premier roman de cet auteure turque. Elle y raconte la rencontre entre une jeune chercheuse invitée pour un séminaire aux Antilles, et l’homme au coquillage, un être singulier qui va la sortir de sa zone de confiance. C’est un livre sur l’ouverture d’esprit, l’écologie, le plein d’amour. C’est très beau.

Y a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement marqué ?
« D’un Sud à l’autre » de Jérôme Coll  (Librinova).  Nous portons le même nom, mais nous ne sommes pas parents, seulement amis. J’aime tellement son livre que je suis heureuse d’en parler. C’est l’histoire d’un jeune Malien à l’esprit cartésien, destiné à être officier dans l’administration publique. Au cours de la grande sécheresse en 1970 en Afrique, dans un camp de réfugiés il va faire la connaissance de trois jeunes filles peules abandonnées. Cette rencontre va le sortir de ses frontières intérieures, il va découvrir en lui des choses insoupçonnées.

Quel est le livre culte le plus emblématique de la Librairie ?
« L’autre Saint-Tropez » de Michel Goujon (Michel Lafon). Un ouvrage qui donne une autre vision de notre ville. Bien plus qu’un guide, c’est un bréviaire sentimental qui traduit bien l’esprit des lieux. Il permet de dépasser le cliché tenace du bling-bling. C’est un livre important et pas seulement parce que c’est le nôtre.

Quel livre vous êtes-vous promis de lire ?
Il y en a  beaucoup, le métier de librairie ouvre tant d’appétits de lecture. J’espère quand même un jour arriver  jusqu’au bout de « La montagne magique » de Thomas Mann. Un sommet.

Une brève de librairie ?

Souvent, les gens rentrent chez nous et nous demandent : « Vous vendez-les livres à quel prix ? ». Comme on est à Saint-Tropez où les prix flambent, ils pensent que pour les livres ce sera pareil  alors qu’ils sont protégés sur tout le territoire français par la loi sur le prix unique. Une autre anecdote, c’est aussi cette réflexion constante du type « Sur Brigitte Bardot, vous n’avez que ça ?" 

La Librairie de Saint-Tropez
22 rue Joseph Quaranta
83990 Saint-Tropez
04 89 99 37 33

jeudi 25 octobre 2018

Librairie Saint-Pierre (Senlis)





« Notre librairie s’appelle Saint Pierre car ici on est aux portes du paradis » voilà l’explication très poétique que nous donne Amandine Aronio  avec un large sourire. Plus prosaïquement, c’est le nom de la rue de Senlis qui mène à l’église du même nom où se situe cette institution de la ville. Ici c’est une histoire de famille de père en fille. En 2008, Amandine a racheté  avec son époux Pascal, cette librairie à son papa. Ils comptent bien fêter dignement dans 6 ans le bicentenaire de leur enseigne dont ils sont fiers de défendre les couleurs. L’an passé ils ont créé un salon littéraire « Sous les pavés les livres » qui a accueilli autour d’une vingtaine d’auteurs, 4000 visiteurs sur une seule journée.  C’est Amandine qui nous reçoit aujourd’hui pour partager avec nous ses derniers coups de cœur.

Quel roman de la rentrée littéraire nous conseillez-vous de lire ?
« Là où les chiens boivent par la queue » d’Estelle-Sarah Bulle (Liana Levi). À la demande de sa nièce qui est née en banlieue parisienne et qui s’interroge sur son métissage et ses origines, Antoine va faire rejaillir ses souvenirs familiaux en Guadeloupe et partager avec sa nièce l’histoire de sa terre natale.  C’est un roman pétillant, drôle avec une dimension politique et historique forte.

Du côté de la littérature étrangère, que nous recommandez-vous ?
« Route 62 » d’Ivy Pochoda (Liana Levi) romancière née à Brooklyn. C’est un roman choral qui mérite le détour rien que pour sa scène inaugurale. On suit pendant quatre ans des personnages attachants tout au long de la route 62 qui part du désert du Mojave jusqu’ à Los Angles où ils tentent d’oublier les dégâts de leurs vies. Un livre qu’on de lâche pas une fois sa lecture commencée.

Y a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement marquée ?
« La vraie vie » d’Adeline Dieudonné (L’Iconoclaste). C’est l’impressionnante quête initiatique d’une jeune fille qui veut sauver son petit frère de l’emprise leur père violent. C’est un huis clos familial oppressant, porté par une langue poétique.

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous défendez avec ferveur ?
« L’amour sans le faire » de Serge Joncour (Flammarion). Un roman lumineux sur la fragilité des sentiments. L’histoire un petit garçon va bousculer les silences pour rapprocher des adultes en souffrance. Un livre magistral. Il faut absolument lire son dernier roman qui vient de paraître « Chien-Loup » (Flammarion) qui est fabuleux.

Quel livre vous êtes-vous promis de lire ?
Il y en a plein surtout parmi les classiques.  Mais je choisis « Crime et châtiment » de Dostoïevski

Sur la liste du Goncourt  quel serait votre lauréat?
Thomas B. Reverdy pour « L’hiver du mécontentement » (Flammarion). C’est un roman à la structure narrative virtuose qui nous plongent au cœur  de l’hiver 78-79 où l’Angleterre de Margaret Thatcher était paralysée par des grèves monstrueuses. Passionnant.

Une brève de librairie

Depuis la naissance de nos enfants- qui sont encore petits- à chaque annonce du Goncourt il y a un événement familial qui les concerne. Après les premiers pas de notre dernière, le jour où « Chanson douce » de Leïla Slimani a été couronné nous attentons avec impatience la proclamation du prochain lauréat. Elle va peut être se mettre à parler !

Librairie Saint Pierre
1 rue Saint Pierre
60300 Senlis
03 44 60 92 20

La petite marchande de prose (Sainte Sabine)





Si un jour je crée ma  propre librairie, je l’appellerai  « La petite marchande de prose ». C’est ce que s’est toujours dit Isabelle Charko, libraire depuis vingt-cinq ans.  Et puis,  ce jour est arrivé,  en 2015 lorsqu’ elle a ouvert son enseigne à Sainte Sabine. Elle n’est pas la seule librairie à avoir succombé à ce joli nom  qui définit si bien la profession. À l’origine, c’est le titre du troisième roman de l’épatante  « Saga Malaussène » de Daniel Pennac. Isabelle Charko vit son métier comme une réelle vocation avec un sens très aigu de l’engagement dans la défense des librairies  indépendantes, qui sont  fortement menacées par les géants du net.  Selon elle, le combat doit se mener à la racine, auprès des jeunes générations pour que les enfants lecteurs d’aujourd’hui deviennent les adultes lecteurs de demain. C’est dans cet esprit qu’elle a imaginé l’Association des amis de la petite marchande de prose  qui organise des échanges de livres entre jeunes pour leur apprendre à partager leurs lectures et à  débattre au sujet des ouvrages qu’ils aiment. Rencontre avec une talentueuse passeuse de prose.  

Quel roman de la rentrée nous conseillez-vous de lire?
« Un monde à portée de main » de Maylis de Kerangal (Éditions Verticales). J’aime son écriture incisive et directe. Cette histoire m’a fait découvrir le monde fascinant du trompe-l’œil et des copistes. De Cinecitta à Lascaux,  elle nous embarque, avec beaucoup de sensibilité, dans un très beau voyage artistique.

Et du côté de la littérature étrangère que nous suggérez-vous de lire ?
« Les suprêmes chantent le blues » d’Edward Kelsey Moore (Actes Sud). Il avait écrit « Les suprêmes » qui racontait l’histoire de trois femmes noires  de la classe moyenne au moment de la ségrégation. Je ne m’attendais pas à une suite et au retour de cet irrésistible et inséparable trio. Ce livre vous plonge avec drôlerie et beaucoup d’humanité  dans les années 60, sur fond de jazz et de blues.

Y –a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement marqué ?
« Les malheurs du bas » d’Inès Bayard (Albin Michel). L’histoire suffocante et dérangeante autour d’une vie conjugale devenue impossible après un viol.  Alors qu’elle mène une vie heureuse, une jeune femme voit sa vie basculer dans l’horreur quand elle découvre qu’elle est enceinte de son violeur. Dès le premier chapitre, on entre de plain-pied dans le drame,  avec une violence inouïe. C’est un excellent premier roman, qui vous tient en haleine du début à la fin. Impossible de le lâcher.  Mais attention, c’est d’une telle brutalité qu’on ne peut pas le proposer à tout le monde.

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous recommandez avec ferveur ?
« Écoutez nos défaites » de Laurent Gaudé (Actes sud). Un texte qui m’a profondément émue. C’est une fable philosophique qui articule les épopées de trois héros du passé : Le général Grant, Hannibal, Hailé Sélassié,  autour d’une histoire d’amour contemporaine entre un agent des services de renseignement français envoyer en mission à Beyrouth et  une archéologue irakienne  qui tente de sauver les trésors des musées des villes bombardées. Comme « Mars » de Fritz Zorn qui a changé ma vision des choses, cette lecture du roman de Laurent Gaudé a bouleversé ma façon de voire le monde et m’a questionnée en profondeur sur le sens de la vie.

Quel livre vous êtes-vous promis de lire ?
Proust. Tant de proches m’ont dit que c’était une lecture exceptionnelle. Notamment l’auteur Jean Philippe Blondel qui est le parrain de la librairie. Il lit et relit Proust inlassablement. Il m’a donné un conseil. Quand il s’y met, il ne fait que ça et surtout ne lit rien d’autre à côté.

Une brève de librairie :

Pour la sortie d’ « Asterix et la Transitalique », j’avais commandé 12 exemplaires, ce qui semblait raisonnable compte tenu de notre proximité avec une librairie spécialisée BD. Et puis patatras, suite à une erreur on m’en avait livré 100 ! J’en aurais pleuré. Ma collaboratrice a préféré en rire et utiliser les réseaux sociaux avec humour en publiant une photo de moi près de la pile qui ressemblait à une colonne,  avec  comme légende : « Si je les vends tous je mange mon chapeau ! » Et bien ça a provoqué une forte affluence, je les ai tous vendus, et j’ai du même en recommander.  Pour finir, j’ai vraiment mangé mon chapeau, que j’ai fait fabriquer en chocolat.

La petite marchande de prose
55 avenue du Général Galliéni
10300 Sainte Sabine
03.25.59.21

Librairie La cour des grands (Metz)



Au départ cette librairie généraliste a une grande sœur spécialisée jeunesse « Le préau » située de l’autre côté de la rue, elle même à deux pas de la cathédrale de Metz. «  Cela nous brisait le cœur de perdre nos jeunes lecteurs devenus grands et ne plus pouvoir les conseiller. C’est ainsi qu’est née l’idée d’une librairie pour les plus grands. Son nom s’est imposé alors tout naturellement ». C’est une bien jolie histoire que nous raconte Julie Remy qui a repris les deux enseignes il y a 10 ans.   Très attachée au fonds qui est révélateur de l’âme d’une librairie, ici vous trouverez trois espaces bien distincts : l’un pour la littérature générale et policière, l’autre pour les sciences humaines, et enfin celui des beaux livres : d’art, de cuisine et de voyages. C’est Julie Remy qui nous reçoit aujourd’hui pour nous faire part de ses derniers coups de cœur.

Quel roman de la rentrée littéraire nous conseillez-vous ?
« Arcadie » d’Emmanuelle Bayamack-Tam (P.O.L). Au-delà de son écriture, cette romancière fait preuve d’une liberté folle tant dans le choix de ses personnages très atypiques que dans celui de ses sujets : le sexe, l’image de soi, les dérives sociétales. Dans ce dernier roman, on  suit une jeune adolescente intersexuée en quête d’identité au cœur d’une secte d’égarés où s’est parents l’ont emmenée. Cela pourrait être tragique mais c’est bourré d’humour et surtout c’est très intelligent.

Du côté de la littérature étrangère, que nous recommandez-vous ?
« L’abattoir de verre » de J.M. Coetzee (Le Seuil). C’est le retour d’Elizabeth Costello, célèbre personnage de l’écrivain. Cette vieille romancière australienne très fantasque est le double littéraire de l’auteur, Nobel de littérature.  On la retrouve vieillie, elle n’écrit plus et s’est retirée dans un village perdu en Castille entourée de chats et d’un simple d’esprit. Ses enfants s’inquiètent pour elle, mais comment ne pas entraver sa liberté ?
À travers ces sept textes, l’auteur aborde les questions de la vieillesse, des relations familiales mais aussi de la cause animale.

Y a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement marquée ?
« Ça raconte Sarah » de Pauline Delabroy-Allard (Editions de Minuit).
Une histoire romantique et troublante sur une passion amoureuse entre une jeune enseignante et une musicienne. C’est magnifique et étonnant de maturité.

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous défendez avec ferveur depuis toujours ?
« Les oiseaux » de Tarjei Vesaas, l’un des plus grands romanciers norvégiens. L’histoire est ténue, c’est le texte lui-même qui porte tout. Mattis, un homme simple d’esprit et hypersensible vit avec sa sœur  ainée qui le protège. Ils vivent hors du temps, au cœur de la nature au bord d’un lac entouré de bois. Avec sa barque il  devient passeur, mais bien plus que cela. C’est un livre profond,  absolument magnifique.


Une brève de librairie

Depuis la première heure, nous défendons « Le livre de Dina » la mythique saga de Herbørg Wassmo, l’immense romancière norvégienne.  Je l’ai même chroniquée à la télé dans « La grand librairie ». Vous n’imaginez pas notre joie quand les Editions Gaia nous ont fait l’honneur d’organiser une rencontre à la librairie pour la sortie de son dernier livre « Le testament de Dina ».  Un souvenir mémorable pour nous.


Librairie La cour des grands
12 rue Taison
57000 Metz
03 87 65 05 21