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mardi 17 octobre 2017

Librairie Le Cadran Lunaire



Son nom très poétique est un hommage au roman éponyme de l’écrivain surréaliste  André Pieyre de Mandiargues. Ouverte en 1977 par une militante féministe, la librairie « Le cadran lunaire »  s’est créée autour de deux grands pôles : la littérature et  la jeunesse. Il y a 22 ans, Jean Marc Brunier qui nous accueille aujourd’hui l’a reprise  avec la volonté de faire perdurer l’esprit des lieux et y adjoindre sa pâte celui d’un plaisir partagé autour de la fiction où l’imaginaire s’exprime. La librairie cultive volontairement une forme d’indépendance vis-à-vis du monde de l’édition en défendant des auteurs plus confidentiels  dans l’idée de les accompagner de l’ombre à la lumière.  « Savoir reconnaître les talents émergents, c’est tout le sel de notre métier. Être libraire c’est bien plus qu’être un passeur, c’est aussi être découvreur ». 

Quel roman  nous recommandez-vous en cette rentrée littéraire ?
« Nos vies » de Marie Hélène Lafon (Buchet Chastel). Ici, on suit cet auteur depuis longtemps et on l’invite très régulièrement. Elle écrit de façon ciselée des livres très profonds sur une forme de ruralité. Dans son dernier  roman, l’héroïne est une caissière de Franprix à Paris. Autour d’elle on croise une galerie de personnages, une mosaïque de caractères formidablement saisis dans un style serré d’une grande beauté.

Du côté des étrangers, que nous recommandez-vous ?
«La salle de bal» de Anna Hope (Gallimard Du monde entier). Après « Le chagrin des vivants » elle nous propose un roman qui se situe en 1911 dans le Yorkshire dans un asile d’aliénés. Nous sommes au début des recherches sur l’eugénisme où on enfermait très facilement les gens.  Une jeune femme, internée pour une broutille, va vivre une histoire d’amour qui se noue dans une salle de bal de l’hôpital utilisée comme lieu de thérapie. C’est une réflexion très profonde sur l’époque, adossée à une réalité historique méconnue et passionnante.

Y a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement plu ?
« Neverland » de Timothée de Fombelle (L’iconoclaste).  Cet auteur pour la jeunesse nous propose un texte où il nous raconte comment il s’est construit en faisant un retour sur l’enchantement de son enfance. On voit comment son caractère s’est formé pour écrire des histoires où le merveilleux domine.  Un bel l’éloge de la fiction.

Quel a été selon vous le grand livre de l’été 2017 ?
Le dernier roman d’Antoine Choplin « Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar » (La Fosse aux ours)  est tout en subtilité et en sensibilité. C’est l’histoire d’un cheminot qui rencontre Vaclav Havel avant qu’il soit connu. Ce dernier va le révéler à lui même et lui ouvrir les yeux sur l’engagement politique, mais aussi sur l’art.  C’est une belle histoire d’amitié que je continue de recommander chaudement.

À qui donneriez-vous le prix Goncourt ?
Bien évidemment Marie Hélène Lafon serait une formidable lauréate à mes yeux. Mais je pense que « Un certain M. Piekielny» de François-Henri Désérable (Gallimard) est un beau roman de formation autour de la figure de Romain Gary.  L’honorer du Goncourt  serait épatant, mais lui donner celui des lycéens serait parfait aussi. 


Quel est le livre le plus emblématique que vous défendez depuis toujours avec ferveur ?
« Train de nuit pour Lisbonne » Pascal Mercier (10X18). Un professeur de faculté en Allemagne sauve par hasard sur un pont une femme portugaise prête à se suicider.  Elle disparaît, il se rend chez un ami bouquiniste et découvre un livre d’un médecin portugais. Sa vie bascule, il part pour Lisbonne pour en savoir plus sur cet auteur. Ce texte se lit à plusieurs niveaux. C’est un roman introspectif sur l’amour, la fidélité, l’engagement. Le lecteur se met à réfléchir avec un effet miroir permanent au fil de la lecture. Il y a une sorte d’envoutement, de fascination qui s’exerce. Les gens après l’avoir lu, l’offre à tous leurs amis

Quel livre vous êtes-vous promis de lire ?
« Ulysse » de James Joyce. Il faudrait idéalement le lire en anglais, mais je m’en sens totalement incapable.

Une brève de librairie
Une des choses les plus fortes qui me soit arrivée : c’est un vieux monsieur érudit qui arrivait au bout de sa vie. On parlait de l’imminence pour lui de la mort et de cette grande question d’un après ou pas. Je lui ai conseillé de lire « Si c’est un homme » de Primo Levi qui est un livre immense sur la puissance de la mort. Il revient deux jours après et s’exclame « Dire que j’aurais pu mourir sans l’avoir lu ». Cet émouvant souvenir illustre toute la modestie, l’humilité que l’on doit avoir face au monde des livres si vaste, on en n’en jamais fini. Et c’est aussi un bel exemple de reconnaissance, ce vieil homme a tenu à me remercier et c’est très émouvant.  

 Le cadran lunaire
27 rue Franche
71000 Mâcon
03 85 38 85 27




Librairie Le Cyprès




« Librairie curieuse ». Voilà ce que l’on peut lire sur la façade de cette librairie généraliste de Nevers. La curiosité comme indispensable qualité, propice à toutes les découvertes. C’est nourri de cet esprit d’ouverture aux autres que William Séjeau,  décide en 2008 d’effectuer une profonde reconversion professionnelle en reprenant cette librairie créée il y a vingt ans. Il est secondé dans sa tâche par Angélique Benoit. En 20012, il étend son savoir-faire en prenant les rênes de la librairie voisine « Gens de la lune » spécialisée en jeunesse et BD. Comme sa soif de découvertes et de rencontre est intense, il aime sortir des murs de ses librairies et proposer des livres lors d’événements culturels de la région. À noter aussi, car c’est de plus en plus rare, Le Cyprès possède un rayon disque assez important.  C’est vrai que musique et littérature vont si bien ensemble.

Quel roman de cette rentrée nous conseillez-vous de lire ?
J’ai été très impressionné par « L’avancée de la nuit » de Jakuta Alikavazovic (Éditions de l’Olivier). Avec en arrière-plan la guerre en Bosnie, l’histoire d’amour d’un jeune étudiant, gardien d’hôtel pour une femme mystérieuse occupante d’une des chambres. La puissance et l’intensité de l’écriture contiennent une matière à penser et réfléchir. Un livre coup-de-poing, époustouflant .

Et du côté de la littérature étrangère ?
« By the rivers of Babylon » de Kei Miller (Editions Zulma) Dans un quartier pauvre de Kingstone en Jamaïque, on pressent dès le début de ce roman qu’un drame va se produire. Un jeune rasta s’est fait couper les dreadlocks à l’école, ce qui provoque un enchainement d’évènements dramatiques menant à la catastrophe.
 Un roman porté par une langue poétique qui vous prend aux tripes.

Y –a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement marqué ?
« Le ciel renversé » de Christophe Pagnon (Editions L’insomniaque). Un court texte d’une trentaine de pages qui fait fortement penser à « Dead Man » de Jim Jarmusch. C’est un road trip halluciné, sur un homme qui recherche ses origines. L’ambiance de cette errance tragique est extraordinaire.


Quel est le livre le plus emblématique de la librairie,  que vous défendez avec ferveur ?
« Dans les veines ce fleuve d’argent » de Dario Franceschini (Folio). C’est la première fois qu’un représentant me dit lis ça c’est génial. Et effectivement ça l’est. Je l’ai beaucoup conseillé et il plait énormément. Un homme sent la mort qui approche et sur les rives du Pô revient à la source de ses souvenirs, espérant retrouver un ancien camarade de classe. Ce superbe roman au réalisme magique est très inventif sur le plan des situations.  Dix ans que je le propose avec joie.

Quel livre vous êtes-vous promis de lire ?
Il y en a plein comme vous pouvez l’imaginer. Mais je vous dirai tout Jorge Luis Borges. Ses Pléiades m’attendent !

Quel a été selon vous le grand livre de l’été ?
On a beaucoup vendu « L’amie prodigieuse » d’Elena Ferrante. Mais j’ai beaucoup conseillé le dernier roman de Dario Franceschini « Ailleurs » (L’Arpenteur), l’histoire d’un père qui au seuil de la mort révèle à son fils le secret de sa vie. Un roman d’évasion et d’amour.

À qui donneriez-vous le  prix Goncourt?
C’est sans hésiter que je le donnerais à Sorj Chalandon pour « Le jour d’avant »  (Grasset) car je trouve que c’est un auteur qui mériterait grandement d’être honoré enfin du Goncourt.

Une brève de librairie :

Un client très assuré me demande un jour  si j’ai  « Un avion sans ailes » de Musseli. Je lui réponds: vous voulez dire « Un avion sans elle » de Michel Bussi . Je lui rapporte le livre et là sans en démordre, il me rétorque « Ah les salauds, ils ont changé son nom ». Un bon libraire doit toujours rester stoïque.

Librairie Le cyprès
17 rue du Pont Cizeau
58000 Nevers
03 86 57 50 36