mardi 12 janvier 2016

Maupetit la dernière librairie sur la Canebière





« La plus jolie du monde ! ». Voilà ce que nous répond dans un grand éclat de rire Damien Bouticourt quand on lui demande de nous présenter la librairie Maupetit. Et n’imaginez pas que ce marseillais exagère. Cette librairie qu’il dirige, il l’aime. Ça se sent. Créée à la fin du XIXème siècle, elle est devenue en 1919 l’enseigne de la famille d’Ernest Maupetit de pères en fils. En 1998, elle est rachetée par une autre famille amoureuse des livres, les Nyssen qui sont à la tête du groupe Actes Sud, fraîchement Goncourisé et Nobélisé cet automne.  Autrefois, il y avait 4 librairies sur la Canebière, aujourd’hui il n’en reste plus qu’une : Maupetit. Comme en résistance, elle défend avec panache les couleurs du livre avec un espace de 850 m2 à et une galerie de photo de 120m2.  Sa taille n’enlève rien à l’esprit familial qui règne ici. Il y a très peu de « turn-over » dans l’équipe. Certains sont là depuis 30 voire 40 ans. Ça compte la fidélité. En 2014 des travaux considérables de mise aux normes  pour l’accessibilité et la sécurité  ont été entrepris. Ils ont duré toute une année. La librairie peut enfin accueillir les personnes à mobilité réduite et les poussettes des plus petits. Et ça aussi c’est important. 

Quel est le livre qui vous tient particulièrement à cœur et que vous défendez depuis toujours avec ferveur ?
« La chute de Cheval » de Jérôme Garcin (Gallimard). Un roman qu’on ne peut pas conseiller à n’importe qui. Ce texte sur la passion de l’auteur pour le cheval s’articule en fait autour de deux drames  familiaux: les morts accidentelles à plusieurs années d’intervalle de son frère jumeau puis de son père. Mais il aborde aussi sa passion pour la femme de sa vie : Anne Marie, la fille de Gérard Philippe.  Un livre qui émerveille par son écriture et la profondeur de son propos.

Une brève de librairie :

Nous n’avons pas fermé la librairie pendant les travaux en dépit des marteaux piqueurs. Nous avons reçu alors des témoignages de fidélité extraordinaires du type « Continuez, on a besoin de vous ». Ça fait très chaud au cœur, comme ce client qui tous les ans nous apporte onze pots de confiture avec des gâteaux en guise de soutien à la librairie.


Librairie Maupetit
142 La Canebière
13001 Marseille
04 91 36 50 50

Quand la littérature vous monte au nez






L’audace, voilà ce qui caractérise  le plus la librairie–papeterie Grangier. L’audace qu’a eu son créateur Jean-Jacques Schaer en s’installant dans les locaux d’un ancien cinéma porno. L’audace de sa repreneuse Simone Hisler, libraire de l’Est, qui en 2012 a relevé le défi  de donner un nouveau souffle à la plus grande librairie indépendante de Bourgogne. Elle n’a pas hésité alors  à lancer de grands travaux de rénovation sur les 1000 mètres carrés répartis en cinq étages. Audace, quand  l’été dernier la librairie a communiqué en  affiches 4X3  dans la ville avec un slogan a deux niveaux de lecture « Livresse : nf sensation heureuse provoquée par une lecture prolongée ».  Voilà chez Grangier, on ne boude pas son plaisir.  De lire, bien évidemment mais aussi d’écrire avec un rayon pour les amoureux des stylos et des jolis papiers. Enfin Grangier aime surprendre les Dijonnais en créant des évènements.  Comme la mémorable venue de Georges R.R Martin l’auteur de la saga culte Games of thrones (Pyglamion). C’est avec Delphine de Loisy que nous échangeons à propos de ses derniers coups de cœur. 



Quel est le livre qui vous tient particulièrement à cœur et que vous défendez depuis toujours avec ferveur ?
« Le sourire étrusque » de José Luis Sampedro (Métaillé). L’histoire d’un vieux paysan calabrais assez rustre, qui tombe gravement malade et doit  quitter son village natal pour Milan afin de se faire soigner. Il y rencontre alors son petit fils de treize mois. Tout l’amour qui lui reste, il va le lui donner. Mais est-ce vraiment son dernier amour?  Ce livre c’est l’Italie sous la plume d’un auteur espagnol.  C’est un texte généreux qui mêle le rire, les larmes, la surprise, l’amour. Je le conseille tellement que certains  m’appellent même  « Mademoiselle sourire étrusque ».



Une brève de librairie :
Un grand monsieur très chic, aux lunettes toujours assorties à ses chaussures,  venait très régulièrement acheter pas moins d’une dizaine de livres. Sans un bonjour, sans un sourire, sans un au revoir. Nous pensions qu’il n’avait pas besoin de conseils car il constituait sa pile sans s’adresser à nous. Un jour nous l’entendons s’écrier haut et fort  dans la librairie: «  Delphine n’a rien aimé ? » En fait, il choisissait ses ouvrages en lisant les petits mots que j’écrivais à côté sur des marques pages, comme on le fait avec mes collègues pour signaler  nos coups de cœur. 


Et puis aussi cette dame qui a réussi cette prouesse inimaginable pour moi de me mettre les larmes aux yeux en me parlant d’un roman… de Danielle Steel.

Librairie papeterie Grangier
14 rue du château
21000 Dijon
03 80 50 82 50

Une librairie qui met de la lumière dans nos coeurs






Inaugurée en 1986 par Marguerite Duras, située à deux pas de la très populaire rue Daguerre, cette ancienne librairie « Arbre à lettres » a  changé en juillet dernier de propriétaire et de nom. Comme le roman d’Antonio Moresco, elle s’appelle désormais « La petite lumière » et c’est le sémillant Olivier Renault accompagné de Anne Pascale Séraphini qui l’a reprise après le départ à la retraite de sa fondatrice Martine Dantin. Il faut dire que cette institution de la vie littéraire de Montparnasse, Olivier Renault la connaît bien. Cela fait 14 ans qu’il la dirige. Et pas seulement, car cet homme aux multiples talents, amoureux de son quartier et de ses artistes, est aussi l’auteur de "Montparnasse – lieux de légendes"  (Parigrammes) "Rouge Soutine" et "Bonnard, jardins secrets" (La petite vermillon). Hors les murs de sa librairie, il exprime toute sa passion pour les livres en faisant des chroniques pour Art Press et Pages des libraires. Bien que très pris par toutes ses activités, c’est lui qui nous accueille très chaleureusement, en prenant le temps de nous parler avec fougue et enthousiasme de littérature. Une bien jolie rencontre pour démarrer 2016 du bon pied.

Quel est votre livre fétiche, celui que vous défendez depuis toujours avec ferveur ?
Vraiment ce n’est pas facile de répondre à cette question. Tout de suite, me vient à l’esprit "Paradiso" de José Lezama (Points), ce chef d’œuvre de l’un des maîtres de la littérature sud-américaine. Mais encore " L’affreux pastis de la rue des merles" de l’italien Carlo Emilio Gadda (Points). Mais bon, à choisir je vais retenir un grand classique français qui m’accompagne depuis toujours dans mon amour pour le XVIIIème siècle: « Le neveu de Rameau » de Denis Diderot (Garnier Flammarion) . C’est le livre que j’ai le plus souvent relu. Il y a tout dedans sur les rapports sociaux, les intrigues, la théâtralisation des choses, la transmission du désir.   On est à l’essence même de tout ce qui m’anime dans mon travail.  « À quoi bon la médiocrité en ses genres ? » 

Brève de librairie :

Cette anecdote qui m’a marqué, s’est déroulée dans une librairie où je travaillais, mais j’étais absent ce jour-là. Jean Noël Schifano, éminent traducteur de l’italien, critique littéraire et directeur de collection chez Gallimard faisait partie de nos fidèles clients qui passaient nous voir très régulièrement. Un jour sans nous prévenir et pour nous faire la surprise, il vient  accompagné d’un ami barbu, de forte corpulence qu’il tenait chaleureusement à nous présenter. Situation délicate, aucun de mes collègues n’a reconnu spontanément l’immense Umberto Eco alors que nous l’admirions tous  et avions vendu ses livres par milliers. J’aime cette histoire, car elle nous rappelle l’humilité qu’il faut avoir dans ce métier. On croit tout savoir d’un écrivain et là tout à coup on l’a sous nos yeux en chair et en os et on ne le reconnaît même pas.


 La petite Lumière
14 rue Boulard
75014 Paris
01 43 22 32 42 

Et si on partait à Casablanca





Attention, avant de pénétrer dans cette élégante librairie francophone de Casablanca on foule de ses pieds un beau tapis rouge.  Et oui nous sommes dans un quartier ultra chic de la ville, surnommé « Place Vendôme » ou encore « triangle d’or ». Mais surtout nous entrons dans un lieu de « Culture » au sens large comme il est indiqué sur sa belle façade architecturée.  Et ici la culture c’est sacré. Voilà une librairie de rêve pour une ville qui fait rêver. Deuxième métropole du Maghreb, la capitale économique du Maroc a été immortalisée à Hollywood par Michael Curtiz est reste un creuset de création artistique des plus vivaces. Son architecture d’inspiration arabo-andalouse, art nouveau et art déco en témoigne sur les façades de la ville. Celle de la librairie « Préface » n’y échappe pas, elle est très graphique. Cette toute nouvelle enseigne a été créée en 2013 par Othman Akdim proriétaire de la librairie DSM au centre-ville. Son neveu Abdou Akdim qui la dirige, nous précise : « On a mis le paquet sur la déco, car c’est important que les gens aient envie d’y flâner, de se poser, qu’ils s’y sentent bien et qu’ils aient envie de rester au milieu des livres». Si le lecteur est accueilli avec beaucoup de chaleur, on sent que c’est aussi la maison des auteurs qui y sont mis à l’honneur. Un espace rencontre leur est dédié et surtout un hommage leur est rendu à travers de magnifiques portraits photographiques en noir et blanc. Dans cette famille, libraires de pères en fils depuis 1937,c’est Akdim Abdou qui nous reçoit pour nous faire part de ses bons conseils de lecture. 


Quel est le livre fétiche de la librairie que vous défendez avec ferveur ?
« Soufi mon amour » de l’auteur Turque Elif Shafak (10/18). Elle aborde avec brio la face éclairée et humaniste de l’Islam. Celle de l’amour, de la tolérance et de l’ouverture dans un métissage romanesque entre orient et occident. C’est un livre essentiel, dont la « positivité » est contagieuse.

Une brève de librairie :

Parfois des auteurs passent de façon anonyme à la librairie pour demander leur livre sans préciser que c’est le leur, juste pour savoir s’il est sur nos tables et s’il se vend bien. C’est amusant quand ça arrive. On les reconnaît tout de suite, mais par discrétion, pour ne pas les gêner nous n’en disons rien et nous répondons tout simplement à leurs questions.

Préface
19, avenue du Dr Mohamed Sijilmassi
20100 Casablanca
Maroc
00212 522 36 17 38

samedi 12 décembre 2015

Chic! Une librairie qui ouvre






Quelle bonne nouvelle, une librairie généraliste qui ouvre dans le 5em arrondissement de Paris. Après la fermeture de Dédale, de La Hune et tout récemment cet été de la librairie La Boucherie, nous avions de quoi être inquiets pour la rive gauche.  Derrière cette heureuse création, il y a un homme dynamique et audacieux : Renny Aupetit. Il y a dix ans, il ouvrait avec un succès qui ne s’est pas démenti « Le Comptoir des mots » dans le 20em arrondissement de Paris. Aujourd’hui il offre une « petite sœur » à son enseigne qu’il a baptisée « Le Comptoir des lettres », fratrie oblige. C’est dans les locaux d’une ancienne maison de la presse qu’il a réinventé l’espace pour que les livres aient un écrin aussi design que chaleureux. Grâce au soutien du réseau Librest qui mutualise les stocks entre différentes enseignes parisiennes, vous pouvez  obtenir un livre en moins d’une journée. Et sur le site vous pouvez même trouver des œuvres disponibles en V.O. Ici c’est le règne du papier, mais en hyper connecté. Clémence Cochan nous reçoit derrière son grand comptoir vintage à l’accueil pour nous faire part de ses coups de cœur.

Votre livre culte,  que vous défendez avec ferveur:
J’aurais pu vous citer toute l’œuvre de Victoria Lancelotta ou encore « Venir au monde » de Margaret Mazzantini, mais j’ai fait le choix de vous parler de « La singulière tristesse du gâteau au citron » de Aimée Bender (Édition de l’Olivier). Dans ce roman américain, une petite fille découvre en dégustant un gâteau que lui a préparé sa maman qu’elle a une sorte de super pouvoir : elle ressent les émotions que cette dernière a éprouvées  alors qu’elle préparait ce dessert pour sa fille. Elle n’est pas la seule dans la famille à être doté d’un don aussi singulier. D’autres en sont affublés, notamment son frère. Un livre d’une grande tendresse, bourré d’humour, avec juste la dose de surnaturel qu’il faut.

Une brève de librairie :
Tout simplement, quand les clients reviennent pour nous dire merci d’une lecture qu’on leur a recommandée et qui nous posent en retour cette question magique pour un libraire « Que me conseillez-vous d’autre ? »

Le Comptoir des lettres
52 Boulevard Saint-Marcel
75005 Paris
01 53 61 42 74

Maison Banse diffuseur de savoir depuis 1833





« Depuis 1833 » peut-on lire sur sa très chic devanture couleur marron glacé. Banse est en effet la plus ancienne librairie de Normandie. Et ce n’est pas sans une certaine fierté que Nicolas et Nathalie Fleur nous présentent le certificat original du Brevet de Libraire obtenu par son fondateur François Banse lorsqu’il a été assermenté par le roi Louis-Philippe 1er en tant que diffuseur de savoir. Pas moins. 
Ce couple de Parisiens qui étaient auparavant dans le domaine financier a repris cette librairie en 2008 suite à un appel du large et au désir de se réinventer une vie professionnelle autour de leur passion commune pour la littérature. Leur choix s’est arrêté sur le port de Fécamp, chargé d’histoire. C’est de là qu’autrefois les marins partaient en campagne de pêche à la morue dans les eaux glacées de Terre Neuve. Avoir repris sur la côte d’Albâtre cette belle enseigne fait aujourd’hui le bonheur de la famille Fleur et c’est avec enthousiasme qu’ils partagent avec nous leurs coups de cœur. 

Quel est le livre qui vous tient le plus particulièrement à cœur et que vous défendez inlassablement avec ardeur ?
« Le jour où Nina Simone a cessé de chanter » Darina Al-Joundi et Mohamed Kacimi El Hassani (Actes Sud). À travers l’histoire d’une femme, on découvre celle d’un pays en proie à la guerre civile et qui se veut néanmoins libre. Un texte qui aborde tous les paradoxes entre la haine, la violence et la volonté farouche de toute une jeunesse de vivre à tout prix. Brutale et tendre à la fois, c’est une lecture très intense.

Une brève de librairie :
Bernard Prou notre grande découverte de cette rentrée avec son roman "Alexis Vassilkov ou la vie tumultueuse du fils de Maupassant" est venu faire une « conférence – dédicace » à la librairie. Nous avons eu au même moment la visite-surprise de Katherine Pancol, la romancière de best-sellers qui séjourne régulièrement dans la région. Touché, ému, de cette rencontre inattendue, Bernard Prou qui en s’auto-éditant est totalement en dehors du système, nous a confié : « C’est encore un signe que je vais faire quelque chose avec ce livre ». Comme une marraine bienveillante, en très grande professionnelle, elle lui a donné plein de bons conseils pour cette incroyable aventure éditoriale qu’il est en train de vivre. C’était une bien jolie rencontre. 


Librairie Banse
42 rue Alexandre Legros,
76400 Fécamp
02 35 27 68 72

mercredi 2 décembre 2015

Une librairie-écrin, tout simplement majestueuse





Librairie Le Failler
8-14 Rue Saint-Georges, 35000 Rennes
02 99 87 87 87

Dans le centre de la capitale Bretonne, dans la rue Saint-Georges qui part de la célèbre place du Parlement, on ne peut que remarquer cette somptueuse bâtisse du XVIem siècle à colombages rouges. On pousse la porte et l’on découvre un espace raffiné avec de belles bibliothèques de bois sombre. Dans le grand escalier, sur les murs rouges, on découvre des citations sur la lecture. Ces mots  sont  ceux de Simone de Beauvoir, Michel Houellebecq, Monstesquieu,  James Joyce… Nul doute que l’on est dans une librairie qui a du goût. Un bon goût littéraire. Reprise en 2010 par Dominique Fredj et Valérie Hanich, cette librairie créée en 1925 a gardé le nom du précédent propriétaire : Jacques Le Failler. Ce couple de libraires passionnés  est animé d’une volonté à faire vivre et rayonner leur librairie hors les murs.  Ainsi sans relâche, Le Failler participe aux évènements universitaires, caritatifs ou culturels de la ville, comme au Théâtre national de Rennes avec un corner de livres ouvert lors des spectacles. La librairie organise ou participe à environ 400 évènements par an. Pas moins. C’est Véronique Marchand en charge du pôle littérature qui nous accueille pour nous faire part de ses coups de cœur.

Quel est le roman que vous défendez depuis toujours avec ferveur et qui vous tient particulièrement à cœur ?
« Corps et âme » de Frank Conroy (Folio). L’histoire d’un enfant prodige, délaissé par sa mère, qui découvre des partitions ainsi qu’un petit piano désaccordé. Il va apprendre lui-même la musique et devenir un virtuose jusqu’à jouer à Carnagie Hall. Je ne connais pas de lecteur qui n’ait pas aimé ce roman. On ne se lasse pas de le relire. Cela ferait un très beau film.

Une brève de librairie :
Un jour, un jeune homme m’a demandé un livre de photos de Jésus… d’époque. Je lui ai répondu qu’à part le Saint-Suaire, je n’en connaissais pas.
Plus sérieusement, j’ai le souvenir d’une jeune fille qui voulait acheter une grosse quantité de livres de poche pour qu’une fois empilés, ils fassent une hauteur très précise d’un mètre soixante-deux. Ce n’était pas comme certains qui remplissent des bibliothèques au mètre pour ne jamais lire les livres qu’ils achètent. Ce mètre soixante deux correspondait exactement à la taille de son grand-père qu’elle souhaitait remercier, en lui offrant tous ces poches, de l’avoir aidée à grandir en lui ayant fait aimer la lecture quand elle était enfant. 


Nota Bene : Avant de quitter la librairie, une des citations du grand escalier rouge à méditer :
« Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé » Montesquieu.