jeudi 25 octobre 2018

Librairie La cour des grands (Metz)



Au départ cette librairie généraliste a une grande sœur spécialisée jeunesse « Le préau » située de l’autre côté de la rue, elle même à deux pas de la cathédrale de Metz. «  Cela nous brisait le cœur de perdre nos jeunes lecteurs devenus grands et ne plus pouvoir les conseiller. C’est ainsi qu’est née l’idée d’une librairie pour les plus grands. Son nom s’est imposé alors tout naturellement ». C’est une bien jolie histoire que nous raconte Julie Remy qui a repris les deux enseignes il y a 10 ans.   Très attachée au fonds qui est révélateur de l’âme d’une librairie, ici vous trouverez trois espaces bien distincts : l’un pour la littérature générale et policière, l’autre pour les sciences humaines, et enfin celui des beaux livres : d’art, de cuisine et de voyages. C’est Julie Remy qui nous reçoit aujourd’hui pour nous faire part de ses derniers coups de cœur.

Quel roman de la rentrée littéraire nous conseillez-vous ?
« Arcadie » d’Emmanuelle Bayamack-Tam (P.O.L). Au-delà de son écriture, cette romancière fait preuve d’une liberté folle tant dans le choix de ses personnages très atypiques que dans celui de ses sujets : le sexe, l’image de soi, les dérives sociétales. Dans ce dernier roman, on  suit une jeune adolescente intersexuée en quête d’identité au cœur d’une secte d’égarés où s’est parents l’ont emmenée. Cela pourrait être tragique mais c’est bourré d’humour et surtout c’est très intelligent.

Du côté de la littérature étrangère, que nous recommandez-vous ?
« L’abattoir de verre » de J.M. Coetzee (Le Seuil). C’est le retour d’Elizabeth Costello, célèbre personnage de l’écrivain. Cette vieille romancière australienne très fantasque est le double littéraire de l’auteur, Nobel de littérature.  On la retrouve vieillie, elle n’écrit plus et s’est retirée dans un village perdu en Castille entourée de chats et d’un simple d’esprit. Ses enfants s’inquiètent pour elle, mais comment ne pas entraver sa liberté ?
À travers ces sept textes, l’auteur aborde les questions de la vieillesse, des relations familiales mais aussi de la cause animale.

Y a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement marquée ?
« Ça raconte Sarah » de Pauline Delabroy-Allard (Editions de Minuit).
Une histoire romantique et troublante sur une passion amoureuse entre une jeune enseignante et une musicienne. C’est magnifique et étonnant de maturité.

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous défendez avec ferveur depuis toujours ?
« Les oiseaux » de Tarjei Vesaas, l’un des plus grands romanciers norvégiens. L’histoire est ténue, c’est le texte lui-même qui porte tout. Mattis, un homme simple d’esprit et hypersensible vit avec sa sœur  ainée qui le protège. Ils vivent hors du temps, au cœur de la nature au bord d’un lac entouré de bois. Avec sa barque il  devient passeur, mais bien plus que cela. C’est un livre profond,  absolument magnifique.


Une brève de librairie

Depuis la première heure, nous défendons « Le livre de Dina » la mythique saga de Herbørg Wassmo, l’immense romancière norvégienne.  Je l’ai même chroniquée à la télé dans « La grand librairie ». Vous n’imaginez pas notre joie quand les Editions Gaia nous ont fait l’honneur d’organiser une rencontre à la librairie pour la sortie de son dernier livre « Le testament de Dina ».  Un souvenir mémorable pour nous.


Librairie La cour des grands
12 rue Taison
57000 Metz
03 87 65 05 21

Le nuage vert, librairie de l'imaginaire




Quand Eléonore Calvez a ouvert sa librairie 100% dédiée à la littérature imaginaire en janvier dernier, elle est venue combler un manque sur la rive gauche de la Seine. Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce type d’enseigne spécialisée n’existait que sur la rive droite. Et pourtant le Quartier latin avec son lot d’étudiants est un environnement tout à fait propice pour ce genre qui réunit science-fiction, fantastique, anticipation, uchronie, horreur,  steam punk.... C’est dans les lectures de sa jeunesse qu’Éléonore a trouvé le nom de la librairie. « Le nuage  vert » est le titre d’un roman post-apocalyptique pour les jeunes d’Alexandrer Sutherland Neill qui avait marqué son imaginaire d’enfant.  Ce roman épuisé est introuvable aujourd’hui,  a été écrit par le fondateur de l’école alternative Summerhill.  Éléonore veut aussi faire découvrir les auteurs français de ce genre littéraire. Les gens oublient souvent que dans l’imaginaire il y a d’excellents écrivains venus de l’hexagone.  Rencontre avec une jeune libraire qui revendique d’être avant tout une grande lectrice du genre qu’elle défend. 

Quel roman nous recommandez-vous ?
 « Calame » de Paul Beorn (Bragelonne) . « Les deux visages » est le tome 1 d’un diptyque de Fantasy par un  jeune auteur français. L’histoire démarre à rebours. Après un an de guerre civile contre un tyran, le chef légendaire de la rébellion est tué. Sa lieutenante doit être exécutée, mais peut avoir la vie sauve, le temps qu’elle raconte l’histoire de son chef vaincu. Un roman très original avec des personnages inoubliables. Un premier tome qui vous met dans l’impatience de lire la suite 

Et du côté des auteurs étrangers, que nous conseillez-vous ?
« Les livres de la terre fracturée » de Nora K. Jemisin. Prix Hugo en 2016, c’est une trilogie qui mélange Fantasy et Science Fiction. On est plongé dans une époque où la terre tremble au risque de causer des interminables hivers  qui menacent la civilisation. Les orogènes ont le pouvoir de dompter les séismes et à ce titre devraient être vénérés. Mais c’est tout le contraire, ils sont persécutés et doivent se cacher.  Ce qui est intéressant dans cette trilogie, c’est le traitement de l’imaginaire où on essaie de comprendre comment la civilisation en est arrivée là, dans cette situation apocalyptique.


Y a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement marquée ?
« Station : La chute » de AL Robertson. (Denoël). C’est un thriller cyber punk qui se situe dans un monde hyper connecté.  La guerre logicielle entre les intelligences artificielles rebelles de la totalité et l‘humanité a fait rage pendant sept ans.  La terre est un champ de ruine. Le héros n’a que quelques semaines à vivre avant que son corps ne soit donné à une intelligence artificielle qui effacera irrémédiablement son esprit et le condamnera au néant.   Un roman captivant.

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous défendez avec ferveur ? 
Il y en a deux, je n’ai pas réussi à choisir.
Tout d’abord « Plaguers » de Jeanne-A Debats.  (Editions L’atalante). Un livre pour ados à partir de 15 ans et adultes. Sur la terre, épuisée écologiquement, les animaux se sont éteints et l’air est devenu irrespirable. Y apparaît une maladie, la plaie qui atteint les adolescents et leur donne le pouvoir de contrôler les éléments, ou créer des animaux. Le monde les rejette pour leur différence. Une histoire post apocalyptique très réussie, avec des personnages inoubliables. 
Et le deuxième, « Les abîmes d’Autremer » de la trilogie des abîmes de Danielle Martinigol (Mango) 
À partir de 11 ans, c’est un roman de science-fiction écologique, une satire du pouvoir médiatique. L’histoire d’une jeune fille qui assiste son père grand reporter qui tente de percer les mystères de la planète océan d’Autremer d’où sont originaires les Abîmes , des vaisseaux hors du commun. Mais ils vont affronter la résistance des habitants qui ne veulent pas dévoiler leurs secrets. Une histoire forte sur les médias, l’éthique journalistique, le droit à la vie privée. 

Quel livre vous êtes-vous promis de lire ?
Dans ma spécialité, je suis souvent très frustrée, car il y a beaucoup de séries et parfois avec le nombre de nouveautés à découvrir sans cesse, je peux lire un tome, mais pas la suite. C’est ainsi que je trépigne d’impatience d’aller au bout de la trilogie dystopique du «Dernier homme» de Margaret Atwood. J’ai lu les deux premiers et j’ai hâte de me plonger dans «MaddAdam». 

Une brève de librairie. 
« La horde du contrevent » de Alain Damasio et  « Fais de beaux rêves Chthulhu »  de Jason Ciamarella, sont deux livres que je laisse constamment en vitrine depuis l’ouverture de la librairie, car ils déclenchent des réactions fortes sur les passants, les incitent à entrer dans la librairie et à acheter des livres. Le premier qui est un roman culte vient d’être adapté en BD et a fait l’événement. Le second, interpelle par son titre et son illustration, les adultes l’achètent pour les plus petits. Ces deux ouvrages  sont devenus mes livres porte-bonheur  et font partie des meilleures ventes de la librairie.  Du coup je ne les bouge pas, ils restent là comme des fétiches. 

Librairie Le nuage vert 
41 rue Monge
75005 Paris
01 42 02 48 05

dimanche 1 avril 2018

Les mots cavalent pour la jeunesse


 « Qu’on lise ou qu’on écrive avec les mots on est toujours en voyage ». C’est pour cette raison que Martine Bourdy a choisi la très jolie expression   « Les mots en cavale » pour baptiser la librairie papeterie qu’elle a reprise en 2009 dans le cœur historique de  Rumilly en Haute -Savoie. Au départ c’était surtout une enseigne de papeterie, puis les livres se sont imposés d’eux-mêmes, plus particulièrement ceux destinés à la jeunesse.  Nadine Arnaud, libraire l’a rejointe et c’est ainsi qu’elles conjuguent toutes deux leurs talents entre lecture et arts de l’écriture.  Voici leurs précieux conseils de lecture pour les plus jeunes.

Quel roman nous recommandez-vous ?
Une fable puissante pour adolescents : « Nouvelle Sparte » d’Erik L’Homme  (Gallimard). Deux siècles après le rayonnement de la cité antique, sa fascination et sa domination restent intactes en dépit des bouleversements du monde moderne en proie à la pollution et aux attaques terroristes.  Un roman d’aventures qui renoue avec les mythes antiques. Un texte très poignant.

Et du côté des auteurs étrangers, que nous conseillez-vous ?
« Morwenna » de Jo Walton. (Denoël Lune d’encre) Suite à la disparition de sa sœur jumelle dans un terrible accident qui l’a laissée elle même handicapée, une jeune fille galloise se retrouve dans un pensionnat où elle va explorer le pouvoir bénéfique des livres de science-fiction.  Avec ce roman d’apprentissage, on redécouvre toute la crème des auteurs de SF des années 70.  Un régal. Ce livre a été couronné du Prestigieux Prix Hugo.

Y –a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement plu ?
« Les Doldrums » de Nicholas Gannon (Pocket Jeunesse)  L’histoire d’un jeune garçon bridé par  sa mère qui ne veut pas qu’il soit un doux rêveur. Il habite chez ses grands-parents explorateurs qui vivent comme dans un muséum d’histoire naturelle.  Quand ces derniers disparaissent, il s’émancipe et part à leur recherche.

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous défendez avec ferveur ?
« Tobie Lolness » de Timothée de Fombelle (Gallimard jeunesse). À lire à partir de dix ans. Une très belle fable allégorique sur notre société,  ses dérives et sur l’engagement écologique que chacun devrait avoir. Un roman qui agit sur nos esprits pour une réelle prise de conscience des enjeux du monde dans lequel on vit, le tout porté par un très bel imaginaire et une écriture magnifique.

Quel roman vous êtes-vous promis de lire ?
 « Miss Peregrin et les enfants particuliers » de Ransom Riggs (Bayard Jeunesse) . Le film  qu’en a adapté  Tim Burton est épatant,  du coup le livre est en haut de la pile.  

Une brève de librairie

« Bonjour, je cherche un livre, mais je n’ai pas le titre, pas le nom de l’auteur, je crois que la couverture est bleue »

Librairie Les mots en cavale
9, rue Charles de Gaulles
74150 Rumilly
04.50.01.49.81

Une librairie royale



Bien que le jeu de mots entre le Roi Lear  et le verbe lire semble évident, la puissance de l’œuvre de Shakespeare fait que bien souvent les courriers à la librairie arrivent avec l’orthographe de la pièce du célèbre dramaturge anglais. « Ici ce qui compte c’est le goût des autres », voilà ce que nous déclare Gilles Bérat quand nous l’interrogeons sur son métier de libraire. Pour lui les fiches de lectures sur les livres n’ont pas vraiment de sens puisqu’il faut comprendre avant tout qui on a en face de soi pour délivrer le conseil de lecture le plus personnalisé possible. Cet ancien financier devenu libraire a effectué « une reconversion heureuse » selon ses termes en reprenant en 2002 à Sceaux en Ile de France cette enseigne créée il y a trente ans. Rencontre avec un libraire qui met autant de cœur que de chaleur a faire son métier.  

Quel roman nous recommandez-vous de lire ?
« La fonte des glaces »  de Joël Baqué (P.O.L). Pour nous c’est un Boris Vian contemporain avec à la fois une imagination galopante,  beaucoup  d’humour. Et puis ce roman vous emporte loin en Antarctique et dans le grand Nord.

Et du côté des auteurs étrangers que nous conseillez-vous ?
Sans hésiter le dernier roman de l’immense écrivain israélien hélas disparu en janvier dernier Aharon Appelfeld « Des jours d’une stupéfiante clarté »  (Éditions de l’Olivier).  On avait aimé son précédent roman « Les partisans »  et celui-là on l’aime encore plus.

Y –a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement marqué ?
Pour nous cela n’a aucune importance que cela soit un premier roman ou pas. Nous ne faisons pas ce type de classification.

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous recommandez avec ferveur ?
Toute l’œuvre de Ludmila Ouliskaïa mais pour n’en citer qu’un « Le chapiteau vert » (Gallimard du monde entier). C’est une vaste fresque autour de trois amis au cœur de la tragédie soviétique  après la mort de Staline.  Mais aussi « Americanah » de Chimamanda Ngozi Adichie (Gallimard du monde entier) un roman sur l’immigration, comment rester soi-même quand on change de continent. Un livre que l’on conseille et que les gens rachètent pour l’offrir.

Vous êtes très attaché aux Sciences Humaines,  que souhaitez-vous nous faire découvrir dans ce domaine ? « Parcours I (1971—1989)  Sociologie et théorie du langage. Pensée postmétaphysique »  et « Parcours II (1990-2017. Théorie de la rationalité. Théorie du langage » de Jürgen Habermas  (Gallimard, NRF Essais). Cette publication en deux volumes du géant de la pensée mondiale est un événement. Ce philosophe allemand qui a beaucoup écrit sur l’Europe y apporte une réflexion essentielle sur la société contemporaine.

Quel est le livre que vous vous êtes promis de lire ?
Il y en a tellement. Tous les étés j’essaie de plonger dans les classiques et j’aimerais tant pouvoir lire toute « La Comédie humaine » de Balzac.

Une brève de librairie :
Je suis toujours très ému quand après avoir conseillé un livre, les gens reviennent pour me dire simplement à quel point ils l’ont aimé. Qu’ils se donnent cette peine me bouleverse et c’est alors que je ressens profondément que j’ai rempli ma mission de « passeur ».
 
Le Roi Lire
4 rue Florian
92330 Sceaux
01 43 50 20 60







La lison, une librairie à toute vapeur


« Enthousiaste et familiale », c’est ainsi que Fantine Gros et Alix Mutte,  deux cousines libraires définissent l’esprit de la librairie généraliste qu’elles ont ouverte ensemble en 2015 près de la gare Saint-Sauveur à Lille. Elles l’ont baptisée  « La Lison » en hommage à la célèbre locomotive  de « la bête humaine » d’Émile Zola, mais aussi pour le double sens lié à la lecture. Elle ont décliné ce joli nom dans leur identité visuelle avec notamment la devanture en forme de tunnel que l’on remarque de loin. Pour elles deux, rien de plus important que le conseil et faire voyager les lecteurs sur les rails de l’imaginaire qu’offrent les livres. Ici personne n’est mis de côté. Elles ont eu la très bonne idée de proposer pour les 0 à un an des lectures par une conteuse très douée pour les bouts de choux, mais aussi de traduire des rencontres en langue des signes pour que les malentendants. Embarquement immédiat dans leur merveilleuse librairie-locomotive.

Quel roman nous recommandez-vous ?
« Une longue impatience » de Gaëlle Josse (Noir sur Blanc/Notabilia). Nous suivons cet auteur depuis longtemps. Elle écrit des livres courts et puissants. Là elle nous raconte au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, en Bretagne,  l’histoire d’une mère qui attend son fils de 16 ans disparu en mer après une dispute avec son beau père.  Un texte déchirant sur un amour filial hanté par l’attente, c’est une tragédie splendide.


Et du côté des auteurs étrangers, que nous conseillez-vous ?
« Écoute la ville tomber » de Kate Tempest (Rivages). Cette rappeuse d’à peine trente ans qui a derrière elle une œuvre poétique dense, décrit dans ce premier roman la jeunesse londonienne désenchantée qui tente coûte que coûte de préserver ses rêves et ses  désirs. On découvre les sets de Londres où les personnages attachants plongent dans les abîmes de l’alcool et des drogues pour faire vivre leurs flammes. Sans être déprimant, ce livre sans concession délivre un message universel sur les liens d’amitié et les idéaux que l’on poursuit. 

Y a-t-il un premier roman que vous avez  particulièrement remarqué ?
« Tristan » de Clarence Boulay (Sabine Wespieser Editeur). L’histoire d’Ida qui va se rend par curiosité dans une île volcanique, perdue et mystérieuse dans l’Atlantique sud : Tristan Da Cunha. Alors qu’elle attend que son compagnon la retrouve,  un cargo échoué pollue le rivage. Elle  rejoint l’équipe de sauveteurs de manchots mazoutés et rencontre un pêcheur marié avec lequel elle va nouer une relation amoureuse impossible. 

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous défendez avec ferveur ?
« Le cœur des femmes » de Martin Winckler  (Folio). C’est notre ouvrage  fétiche que nous conseillons et vendons tout le temps. Ce traité de gynécologie sur les femmes d’aujourd’hui offre une réflexion sur la pratique médicale de l’intime.  C’est un roman tout simplement magnifique porté par plusieurs voix  qui ne peut que toucher les lecteurs, qu’ils soient hommes ou femmes.

Une brève de librairie :
Tout le monde pense que l’une d’entre nous s’appelle Lison. Nous avons fait des badges et chaque petite Lison qui vient dans la librairie repart fièrement avec son prénom épinglé au vêtement.

Sinon à l’ouverture, nous avons entendu une mère dire à son fils « C’est courageux d’ouvrir une librairie  à notre époque». Elle désignait l’enseigne  à son fils comme si c’était un dinosaure. Nous avons trouvé ça triste d’imaginer que pour des gens un tel projet puisse ne pas marcher. Et c’est totalement faux, il y en a beaucoup aujourd’hui qui ouvrent avec succès et il faut que cette information circule pour dépoussiérer l’image austère liée à notre activité. 

La Lison 
8 Place Jeanne d’Arc
59000 Lille
09 83 99 70 32 

mardi 6 mars 2018

Rencontre à la Librairie Tome 7



C’est en 2013 qu’Audrey Colin, Frédéric Lapeyre et Géraldine Garot , tous trois employés de cette librairie du 7em arrondissement de Paris, ont décidé de s’associer pour sauver cette institution du quartier créée en 1989. L’enseigne se trouvait alors dans une mauvaise passe, en pleine liquidation judiciaire. Tous trois l’ont reprise et on peut l’affirmer aujourd’hui, avec succès.  Avant, la librairie s’appelait Tome Dom, évoquant le tome d’un livre et le « Dom » du nom de la rue. Pour marquer le changement, sans pour autant  se couper de ses racines, la nouvelle équipe l’a rebaptisée et a remplacé le Dom par le 7 de l’arrondissement, qui est aussi un chiffre porte-bonheur. Ce sera donc Tome 7, un  nom court, ludique, très facile à retenir et à prononcer. 5 ans après, la librairie se porte très bien pour la plus grande joie des habitants de ce quartier de Paris, qui au-delà de ses apparences très huppées, reste familial, convivial  et à la recherche de proximité et de chaleur que lui offre l’équipe dynamique de Tom 7. C’est Audrey Colin qui nous reçoit aujourd’hui pour nous faire part  de leurs coups de cœur du moment.

Quel roman français nous conseillez-vous de lire ?
Le dernier d’Eve de Castro « La femme qui tuait les hommes »  (Robert Laffont) qui nous raconte plusieurs histoires à travers le portrait de deux femmes, Jeanne et Lena. Cette dernière, une jeune Russe, du temps de la révolution bolchévique  sera connue pour avoir assassiné 276 hommes maltraitants. C’est un superbe voyage entre deux mondes, qui oscille entre histoire et roman, porté par une écriture d’une grande  finesse

Et du côté des étrangers que bous recommandez-vous ?
« Au cœur du Yamato » d’Aki Shimazaki (Actes Sud). Après le cycle du « Poids des secrets » en voici un deuxième composé de cinq romans qui peuvent se lire dans l’ordre ou le désordre. Auteur canadien , originaire du Japon, elle écrit en Français d’une plume raffinée et dresse dans ses livres le portrait touchant de personnages dont la psychologie est saisie en quelques lignes.  Ces romans sont quasiment des nouvelles, et chacun est un petit chef-d’œuvre.

Y a –il un premier roman qui vous a particulièrement marqué ?
Il y en a deux. Le premier,   « Fugitive parce que reine » de Violaine Huisman  (Gallimard). Un texte cru, violent, qui secoue beaucoup sur l’amour inconditionnel qu’une femme faillible, maniaco-dépressive, porte à se deux filles.  En dépit de toutes ses tentatives d’une vie heureuse, elle échoue. Un livre bouleversant sur comment grandir et se construire dans un milieu familial instable. Le deuxième « Les déraisons » de la scénariste belge Odile d’Oultremont (Éditions de l’observatoire). Un roman qui m’a touchée. L’histoire d’un  couple Adrien et Louise, frappé par le cancer de cette dernière.  Mais comme pour cette femme magique  tout est jeu et enchantement, elle parvient à mettre des couleurs sur son sombre parcours. Même si je n’aime pas trop comparer, je dirais que ce texte est à la croisée d’« En attendant Bojangles » et de « L’écume des jours » . Un sujet grave, mais un livre plein de tendresse, à recommander.

Quel est le livre que vous vous êtes promis de lire ?
« La guerre et la paix » de Tolstoï. Pas comme un devoir,  mais un profond désir de lire ce génie de la littérature. 

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous défendez avec ferveur ?
Parmi les cinq libraires de Tom7, c’est le roman de Mathieu Ménégaux « Je me suis tue »  (Grasset) qui fait l’unanimité.  Un couple plutôt « bobo » se retrouve soudainement confronté au viol que la femme va taire à son conjoint. Ce silence accompagné de mensonges sera le premier d’une longue série qui  aboutira à une succession de drames, dont l’ultime sera l’infanticide. L’épouse croyant voire dans son enfant son violeur.  C’est un texte court, percutant comme un coup de poing, un livre qui vous laisse abasourdi, qui marque profondément et durablement. 

A qui auriez-vous remis le Goncourt?
Dans la sélection j’aurais chois le roman de Véronique Olmi  « Bakhita » ( Albin Michel) . Mais mon Goncourt serait le remarquable dernier livre de Jean-Luc Seigle « Femme à la mobylette » (Flammarion). L’auteur nous fait vibrer sur le destin d’une femme perdue qui va trouver un sursaut dans sa vie grâce à une mobylette.  Un roman magnifique  sur comment on peut renaître de ses cendres. 

Une brève de librairie
Deux pépites me viennent à l’esprit :
 « Bonjour, je voudrais le rouge et le noir. Mais je ne prends aujourd’hui que le rouge, pour le noir je reviendrai la semaine prochaine » 

«  Je recherche la bible, mais je ne connais pas l’auteur »

Librairie Tome 7
81 rue Saint Dominique
75007 Paris
01.45.51.83.98

Entre cinéma et littérature





Cinélittérature. En un néologisme tout est dit. C’est la plus littéraire des librairies de cinéma ou bien la plus cinématograhique des librairies de littérature. Au choix. Amoureux de ces deux genres, vous la trouverez à Paris à deux pas du Panthéon.  Prenez le fonds de la mythique librairie de cinéma Ciné Reflet aujourd’hui disparue ; trouvez-lui un écrin raffiné dans le quartier latin mitoyen d’une des plus belles salles d’art et d’essai de la Capitale : le cinéma du Panthéon ; choisissez deux parrains -partenaires : une prestigieuse maison de production de cinéma « Why Not » et un libraire aguerri « Le thé des écrivains » et vous avez la recette d’un lieu singulier dédié au cinéma et aux belles lettres. Cinéphiles passionnés, vous y trouverez en neuf et en occasion une sélection exigeante d’ouvrages, mais aussi de cartes postales, affiches,  papeterie, DVD, revues, tout pour garder la tête dans les étoiles.   Pour gérer et animer cet espace unique il fallait un personnage pas tout à fait comme les autres. C’est ainsi que le vibrionnant Marc Benda auteur belge aux mille et une vies a rejoint l’aventure en 2015. Il vous accueille, vous conseille, vous fait rêver et n’aime rien tant qu’organiser  de jolies rencontres entre le 7em art et toutes les autres disciplines artistiques dont le cinéma se fait l’écho. De quoi enchanter des « cinébibliophiles » en tous genres, du quartier et d’ailleurs.  

En littérature française que nous recommandez-vous de lire ?
« La voix manquante » de Frédérique Berthet (P.O.L). Un texte qui nous fait pénétrer dans les coulisses du film de cinéma-vérité de Jean Rouch et Edgar Morin : « Chronique d’un été ». On y découvre l’approche qu’ils ont eue du personnage de Marceline Loridan- Ivens et des souvenirs poignants de sa déportation. 

Et du côté des auteurs étrangers quel est votre coup de cœur ?
« Faire un film » de Sydney Lumet (Capricci Editions) qui est une immersion complète au cœur de la création cinématographique et de toutes ses étapes. Il part de  l’idée même du scénario jusqu’à la réalisation du film. Toujours chez Capricci vous avez aussi  un ouvrage incontournable « En un clin d’œil»  de Walter Murch. Monteur de Francis Coppola, il partage quarante années d’expérience dans son domaine et aborde le crucial passage de l’argentique au numérique. 

Y a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement marqué ?
Oui, celui d’un primo romancier de 69 ans, cinéaste français de grand talent : Régis Wargnier. Il vient de publier «  Les prix d’excellence » chez Grasset. Un roman où il reprend les thèmes chers à son œuvre de réalisateur : l’Indochine, les questions de classes sociales, les soubresauts de l’histoire, l’amour, la sexualité et le cinéma. À travers le  roman et toutes ses possibilités il s’ouvre aussi à d’autres territoires  que la littérature autorise. 

Quel est le livre culte, le plus emblématique de la librairie ?
« Hitchcock Truffaut» (Gallimard).  En 1960 Hitchcock accepte de répondre sur une période de quatre ans à 500 questions sur sa carrière posées par le cinéaste français journaliste des Cahiers du cinéma : François Truffaut. Ce beau livre est une référence dans le genre. Tout récemment et sur ce même type d’entretiens vous avez aussi le formidable « Haneke par Haneke » mené par Michel Cieutat et Philippe Rouyer (Stock).

Une brève de librairie :
Nous avions organisé une rencontre autour des séries télé et Jean Pierre Darroussin devait nous rejoindre pour « Le bureau des légendes » qui retrace les péripéties d’une cellule d’élite du renseignement français. L’acteur qui interprète le chef de la DGSE  était en retard et quand il nous a rejoints, sa présence  magnétique, la sensibilité de ses propos ont créé un moment de grande émotion entre réalité et fiction.  Inoubliable.

La librairie du cinéma du Panthéon - Cinélittérature
15 rue Victor Cousin
75005 Paris
01 42 38 08 26